mercredi 3 décembre 2014

Le hasard dans le Jeu de l'Amour et du Hasard, Marivaux


Le jeu de l’amour et du hasard, Marivaux, 1730

Dans sa pièce, Le Jeu de l’Amour et du Hasard, Marivaux met en scène deux couples maître/valet, qui cherchent l’amour. Le comique de situation est  basé sur le fait que les maîtres jouent le rôle de leur valet et vice versa, sans que l’autre ne soit au courant du subterfuge. Nous avons donc affaire à un subtil jeu de séduction, un jeu de l’amour, mais d’où provient le hasard ?



Chaque maître, sans le savoir, fait face à une personne de condition égale, et comme le choix d’inversion des rôles s’est fait indépendamment pour les deux couples, on peut dire que c’est « par hasard » que les deux valets et les deux maîtres se retrouvent face à face, sans le savoir. Cet exemple illustre parfaitement le dicton populaire :  « le hasard fait bien les choses ».

Mais surtout, un autre aspect du hasard apparait dans la pièce : le hasard de la naissance. En effet, c’est par cet acte, purement aléatoire,que se défini notre appartenance sociale, nos goûts et même notre avenir.  On s’approche ici la contingence, ce qui peut être ou ne pas être, puisque Dorante aurait très bien pu naître dans une famille modeste, et Silvia ne l’aurait jamais aimé.

Laplace et le hasard: le démon de Laplace


Le démon de Laplace :


« Nous devons donc envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’Analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle et l’avenir, comme le passé serait présent à ses yeux. »

Pour Laplace(1749-1827), philosophe, mathématicien et physicien français, tout est déterminé. Le hasard n’a aucune place dans ce monde, le seul hasard existant est une conception humaine, dû à l’imprécision de la connaissance humaine des cause initiales. C’est là qu’intervient la théorie du chaos, mise au point par les mathématiciens du XXème siècle, où un écart infime des conditions initiales entraîne des effets extrêmement différents. Ainsi, Laplace a une vision déterministe du monde, qui ne serait que le résultat de réactions de cause à effet. L’entité intelligente, maîtrisant toutes les forces de l’univers,  fut plus tard appelée « Démon de Laplace ».

Comme le citoyen Laplace présentait au général Bonaparte la première édition de son Exposition du Système du monde, le général lui dit : « Newton a parlé de Dieu dans son livre. J'ai déjà parcouru le vôtre et je n'y ai pas trouvé ce nom une seule fois. À quoi Laplace aurait répondu : « Citoyen premier Consul, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. »

Laplace critique ainsi ouvertement les théories de Newton, qui présentent comme nécessaire une intervention divine régulière dans la système solaire, alors que pour le philosophe, qui cite Leibniz, « c'est avoir des idées bien étroites de la sagesse et de la puissance de Dieu » .

Enjeux pratiques de la notion du hasard : les événements malheureux





Souvent, on affirme que les accidents ne se produisent pas sans raisons. En effet, ils sont le fruit d’une succession d’événements malheureux, comme nous pouvons le remarquer à travers de l’accident de Tenerife, plus connu sous le nom du « crash du siècle », causant la mort de quasiment 600 personnes à cause d’une collision dramatique entre les appareils.
Ainsi, le 27 mars 1977, ces deux grands avions (un américain et un néerlandais) devaient atterrir dans l’aéroport principal des îles Canaries. A cause de la forte circulation aérienne, ils étaient contraints de changer de direction et atterrir dans un autre aéroport (celui de Los Rodéos à Tenerife) qui avait uniquement l’habitude de se charger de petits avions. Ensuite, il était prévu qu’ils redécollent pour revenir à leur destination initiale.
Par ailleurs, la météo était bien défavorable. Un brouillard épais dominait l’île de Tenerife qui empêchait les deux avions de se reconnaître sur l’unique piste dans laquelle ils étaient tous les deux. De plus, la tour de contrôle n’était pas équipée d’un radar qui permettait d’identifier la position des deux appareils sur la piste. Par conséquence, seule la communication par radio était possible.
L’avion néerlandais devait décoller le premier et il attendait que l’avion américain dégage la piste. Les boites noires montrent clairement que le pilote néerlandais voulait décoller le plus rapidement possible et quand il avait cru qu’il pouvait enfin le faire, il a mis les gaz. Cependant, le pilote américain et la personne qui travaillait dans la tour de contrôle se sont exprimés en même temps pour avertir le pilote néerlandais et une interférence s’est produite.



Schéma des interférences

Deux ondes qui se rencontrent, à l’origine des interférences : le message ne peut pas arrivé correctement


Ainsi, le pilote ne pouvait plus rien entendre. Et la catastrophe semblait inévitable.

Ceci s’ajoute à des petits autres événements qui influent indirectement sur la catastrophe, notamment le mauvais accent du contrôleur, le stress ambiant...
Pour plus d’informations : https://www.youtube.com/watch?v=Fsv3ituU_Po




Diverses chaines causales




Reconsitution du moment de l’accident


C’est ainsi que nous avons un exemple sur l’incidence pratique de la réflexion sur le hasard et les probabilités. En effet,  la notion d’accident n’inclut-elle pas la notion de hasard ?, dans la mesure où ces événements semblent être aléatoires. Par ailleurs, l’effort de rationalité ne diminue-t-il pas la part de hasard dans notre vie ?

mardi 25 novembre 2014

1ere Séance

Aristote et Épictète



Lors de la 1ere séance de Math-Philo, Mr. Ray, professeur de mathématique et Mr. Luquet, professeur de philosophie nous ont présenté cette APP au cours de laquelle nous essayerons de lier ces deux matières sur le sujet des « probabilités ».
Nous avons d’abord abordé la question du « probable » en philosophie. Le Larousse de philosophie définit ce terme : « se dit d’une opinion qui, sans être certaine, a des titres à être tenue pour vraie. ». A partir de cette définition, nous nous sommes demandés comment peut être utilisé le probable en philosophie, et comment le comparer à d’autres catégories intellectuelles (faux ; vrai ; incertain) ? 
Nous comprenons que du fait que la philosophie commence avec le «conflit des opinions » selon Epictète, il y a eu volonté d’hiérarchiser les opinions :


Le vraisemblable est une autre catégorie qui est plus proche du vrai, mais qui n’est pas démontré : apparence de vérité mais qu’on ne peut ni prouver ni démontrer. Mais pourquoi croire au vraisemblable ? Tout d’abord par répétition des cas semblables (sans changements) ; par désir ou besoin de tenir quelque chose pour certain ; à cause des rumeurs, il est possible de tenir pour probable une certaine opinion (c'est-à-dire une opinion commune généralisée et non fondée).
Mais quelle est la différence entre prouver et démontrer ? Une démonstration est une notion qui établit une valeur de vérité par les sciences formelles (tel que les mathématiques) alors qu’une preuve est une notion qui établit une valeur de vérité pour les sciences expérimentales (sciences de la vie et de la Terre ; sciences physiques). Mais, une preuve suppose qu’elle soit déterminé à un certain niveau d’expérimentation : donc qu’elle soit juste à un certain niveau d’approximation, et elle peut donc être fausse à un autre niveau.
Nous avons par la suite comparé le probable à des théories similaires : (nous posons le vrai et le faux dans la même colonne du fait que de par ces deux affirmations, nous attendons une preuve et/ ou une démonstration)


Aristote pense que « L’on peut raisonner à partir (du probable) d’opinions seulement probables. ». C’est un syllogisme dialectique (diffèrent du syllogisme démonstratif duquel je ne peux refuser la conclusion, du fait qu’elle soit rationnelle et nécessaire).  Or, le syllogisme est « un discours dans lequel certaines choses étant posées, quelque chose d’autre en résulte nécessairement du seul fait de ces données ». Ainsi, le vrai engendre le vrai ; le probable engendre le probable. Ce qui est probable chez Aristote est contingent (ce qui peut être ou ne pas être : présence d’un art politique et non de science politique).
Par la suite, nous avons commencé à étudier les probabilités en mathématiques grâce à l’étude de 3 textes proposant des règles de prise de décisions dans des jeux.